Petite histoire de la Place Napoléon

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Lorsque l’on se promène dans la ville de Maisons-Laffitte, et tout particulièrement dans le Parc, il est difficile de ne pas remarquer les multiples références à l’Empereur.

En 2016, les liens de la Ville avec l’Empereur ont été pleinement reconnus et même formalisés par l’octroi à Maisons-Laffitte du titre de « ville impériale » qui est ainsi rentrée dans ce cercle fermé où l’on retrouve notamment Rueil-Malmaison, Compiègne, Saint-Cloud ou encore Fontainebleau.

Ces liens existent, bien évidemment, par le Château qui fut l’objet de nombreuses visites de Napoléon Ier qui chassait souvent en forêt de St-Germain. Ce sont aussi les liens, plus personnels et intimes de Jacques Laffitte avec l’Empire. En effet, il marie sa fille Albine au fils du Maréchal Ney, qui fut fusillé par la terreur blanche en 1815 pour s’être rallié à Napoléon pendant le vol de l’Aigle. Enfin, au regard du patrimoine immobilier dans le Parc ; de nombreuses villas se sont construites pendant le Second Empire, après le démantèlement du parc du Château par Jacques Laffitte (1834).

La place Napoléon, carrousel d’une épopée

Lorsque l’on pense à Napoléon dans le Parc, c’est la place homonyme qui nous vient d’abord à l’esprit. Cette place, dessinée en 1834 par Jacques Laffitte, est le point de départ de 12 avenues qui rayonnent à travers le Parc :  l’avenue d’Austerlitz, l’avenue Wagram, l’avenue de la Moskowa, l’avenue Bautzen, l’avenue Champaubert, l’avenue Montmirail, l’avenue Sainte-Hélène, l’avenue Brienne, l’avenue de Toulon, l’avenue des Pyramides, et enfin l’avenue Marengo. A travers le nom des avenues, Jacques Laffitte a choisi de retracer la prodigieuse épopée napoléonienne, lui donnant l’image de la légion d’honneur.

Vue aérienne de la place Napoléon au début des années 2000

Si certaines de ces avenues évoquent des évènements historiques bien connus de tous, d’autres vous sont peut-être moins familiers. Faire le tour de la Place Napoléon, c’est un petit peu comme parcourir les soixante et onze années de vie de l’Empereur…

L’avenue de Toulon fait en effet, référence au siège de Toulon (septembre à décembre 1793). Ce siège marque le début de l’ascension de Napoléon Bonaparte : arrivé capitaine à Toulon, il en repart général après avoir gagné quatre grades en quatre mois ! 

La Bataille des Pyramides a quant à elle lieu le 21 juillet 1798 mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle ne s’est absolument pas déroulée au pied des pyramides ! C’est Napoléon lui-même, qui, dans un souci de propagande, a renommé ainsi la bataille qui s’est dans les faits déroulée à Embabech – certes en Egypte mais loin des monuments visés – et a nourri ainsi l’imaginaire collectif qui la représente souvent au pied des pyramides (notamment dans les tableaux !).

La bataille des Pyramides par Louis-François LEJEUNE

L’avenue Marengo tire son nom de la bataille du même nom du 14 juin 1800 qui permit à Napoléon d’asseoir un peu plus sa position au sein du triumvirat consulaire en tant que Premier consul. Malgré la mort du Général Desaix (qui a donné son nom à une autre avenue du parc), la victoire est décisive pour la campagne italienne et permet à Bonaparte de monter une large opération de propagande afin de faire passer la bataille dans la postérité.

La bataille d’Austerlitz, ou la « bataille des Trois Empereurs », du 2 décembre 1805 est reconnue, encore de nos jours, comme le chef-d’œuvre tactique de Napoléon, tant pour sa bataille que pour la campagne qui l’a précédé. Elle est toujours enseignée dans les écoles militaires.

La bataille de Wagram, qui prend place en juillet 1809, est souvent considérée comme l’une des dernières grandes victoires de l’Empereur et marque la fin de la campagne d’Autriche.

L’avenue Bautzen tient son nom la bataille du même nom en mai 1813 où Napoléon ne remportera qu’une victoire incomplète puisque l’armée française ne parviendra pas à détruire définitivement l’armée coalisée russo-prussienne.

Brienne fait presque exception puisqu’aucune bataille ne s’y est jouée. Pourtant Brienne-le-Chateau est également une ville impériale. En effet, c’est à l’école royale militaire de Brienne que le jeune Napoléon a étudié (entre 1779 et 1784). Il y reviendra en 1805 pour ceindre la couronne de fer et à nouveau, le 29 janvier 1814 pour lancer la campagne de France.

Les avenues Champaubert et l’avenue Montmirail font références à deux batailles de la campagne de France : la première s’est déroulée entre décembre 1813 et avril 1814 et la seconde, le 11 février 1814. Au cours de ces deux batailles, Napoléon a tenté d’arrêter l’invasion de la France par les armées russes et prussiennes. Malgré plusieurs victoires, dont celle de Champaubert et de Montmirail, l’Empereur abdiquera le 6 avril 1814 après l’entrée des troupes russo-prussiennes dans Paris.

Si lors de son premier exil, Bonaparte se réfugiera sur l’île d’Elbe, c’est sur l’île de Sainte-Hélène qu’il passera les six dernières années de sa vie, suite à sa seconde abdication en 1815, mettant fin à la période des Cents Jours et suivant la défaite militaire décisive de Waterloo.

Si ce pan d’histoire vous passionne, vous pouvez lire Le mémorial de Sainte-Hélène, les propos de l’Empereur recueillis par le Comte Emmanuel de Las Cases.

La Statue de l’Empereur

Au centre de la place Napoléon, repose aujourd’hui un buste de l’empereur. Mais, les plus anciens d’entre vous s’en souviendront, le buste n’a pas toujours été là !

Une statue de plein-pied de l’Empereur a tout d’abord été érigée en 1864. Après autorisation du conseil municipal de Maisons-sur-Seine, un décret de Napoléon III autorise la mise en place de la statue, réplique en terre cuite de l’œuvre réalisée par Seurre pour la Colonne Vendôme. Puis, en 1910, l’ASP commande à la serrurerie Blain, la grille circulaire qui entoure, encore aujourd’hui, la statue et autour de laquelle fut créé un massif fleuri en forme d’étoile.

Dans la nuit du 18 au 19 juin 1970, la statue a été renversée et brisée par des vandales. L’ASP l’a alors fait restaurer par la Maison André qui en reconstitue l’intérieur et remplace les morceaux manquants. Malheureusement, trois ans plus tard, la statue est à nouveau la proie des vandales qui, dans la nuit du 6 au 7 avril 1973, lui assène des dommages irréparables.

Quelques années plus tard le Conseil Syndical de l’ASP, souhaitant rendre au Parc sa statue, entreprend des démarches en ce sens auprès de différents organismes (musées nationaux, musée de l’Armée, le Louvre…) mais en vain. Par la suite, un surmoulage d’une statue de l’empereur est envisagé et l’ASP, pour faire face à la dépense, lance une souscription publique mais trop peu de dons ayant été recueillis, les souscripteurs sont remboursés. En 1998, de nouvelles démarches sont initiées pour tenter de trouver une statue disponible mais c’est un nouvel échec. C’est alors que l’ASP s’adresse au sculpteur mansonnien, Pierre Graumer, et lui demande de dessiner un projet. Ses esquisses sont présentées lors de l’Assemblée des Propriétaires qui se tient en juin 1999.

L’opération, que la ville subventionne à hauteur de 50%, semble enfin prendre corps, mais les lourdes conséquences financières de la tempête de 1999 contraignent l’ASP à la différer.

Finalement, après tant d’années durant lesquelles seul un vase étrusque a orné cette place, c’est en 2004, année du bicentenaire du sacre de l’Empereur, qu’un buste moderne de Napoléon trouve sa place dans le Parc. L’inauguration a lieu le samedi 23 octobre et sera l’occasion de rénover la place : plantations d’arbustes et d’autres plantes, nouveau gazon, arrosage automatique, pose de nouvelles plaques d’avenues et installation de corbeilles. 

A la rentrée 2020, à l’occasion de l’exposition « Totalement DésARçonnés », l’artiste C-215 est venu apporter une touche moderne et colorée à cette place. Armé de sa bombe et de son spray, il est en effet, venu décorer le socle de la statue en dessinant un superbe portrait en couleur de l’empereur, réalisé au pochoir et à main levée.

Cette place mythique du Parc de Maisons-Laffitte qui raconte une épopée victorieuse a vécu des moments délicats à nous de savoir la préserver et l’embellir au fil du temps. Pour parachever la remise en valeur de la statue comme de la place, l’ASP a pour projet en 2021 de repenser son écrin végétal.

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