Le Parc pendant la 2nde Guerre Mondiale

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2nd guerre Mondiale

Le 4 février 1945 s’ouvre la Conférence de Yalta : Winston Churchill, Premier Ministre du Royaume Uni, Joseph Staline, chef du gouvernement de l’Union Soviétique et Franklin Delano Roosevelt, Président des Etats-Unis d’Amérique se concertent alors sur le sort futur de l’Allemagne et du Japon dont la défaite ne fait plus de doute. Dans le Palais de Livadia, en Crimée, les forces alliées cherchent à adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre Mondiale, régler le sort de l’Europe après la défaite du IIIème Reich et garantir la stabilité du nouvel ordre mondial.

76 ans plus tard, cette date anniversaire est l’occasion de rouvrir cette page marquante de l’Histoire. C’est en feuilletant les comptes-rendus des Assemblées des Propriétaires du Parc durant les années de guerre, mais également grâce à d’autres nombreuses archives, que nous avons une idée relativement précise, de ce qui constituait le quotidien des habitants du Parc à l’époque.

Installation de l’armée allemande dans le Parc

Les Allemands arrivent à Maisons-Laffitte le 16 juin 1940. Ils réquisitionnent, dans un premier temps, 165 immeubles, 15 logements en « cohabitation avec l’habitant », 7 garages et le marché couvert de la Ville.

A ce titre, l’Etat-major de la Gestapo pour la région Nord-Ouest de Paris s’installe aux 9, 11 et 11 bis de l’avenue Eglé où il demeurera jusqu’au 6 juin 1944.

La propriété de Franck-Jay Gould, 2 avenue La Fontaine, sert de résidence secondaire pour les week-ends du Général Commandant du Grand Paris, Dietrich von Choltitz.

Réalisation : Jacques Barreau et Caroline Macardier

Durant la même période, 35 immeubles, dont une partie dans le Parc, sont requisitionnés pour le personnel de la Kriegs Marine qui travaille aux ateliers de Houilles.

De plus, les mess des officiers et sous-officiers se tiennent au restaurant de la Vieille Fontaine (alors qu’ils occupent entièrement l’Hôtel Royal).

La villa de l’Aga-Khan, 7 avenue Desaix, située au cœur du dispositif fortifiée, est occupée par l’Etat-Major auquel le Maréchal Rommel rend régulièrement visite. De fin 1943 à 1944, une formation de la Waffen SS occupe les immeubles du 34 et 36 rue de la Muette.

Enfin, le Standort Kommandantur, le commandement militaire, s’installe d’avril 1941 à 1943, au 42 de l’avenue Eglé puis au 4 avenue Albine jusqu’au 25 août 1944.

Inspection le 11 janvier 1944 du Baukommando Becker par Rommel*

Chaque jour, Maisons-Laffitte doit fournir à l’occupant des jardiniers et femme de ménage, des chauffagistes, des déménageurs… jusqu’à 150 personnes sont réquisitionnées pour répondre aux exigences de la garnison dont l’effectif atteindra jusqu’à 2 000 officiers et soldats. De plus, l’autorité allemande réquisitionne chez les propriétaires différents objets (machine à écrire, bicyclettes…) dont elle estime avoir besoin. Lors de l’Assemblée des Propriétaires du 29 septembre 1940, les résidents demandent à l’ASP d’intervenir pour en obtenir la restitution. Le Président, Monsieur Dufoy, conseille aux propriétaires d’identifier l’endroit où se trouvent ces objets et d’en établir un inventaire que l’ASP transmettra à la Kommandatur afin que ces objets soient rendus aux propriétaires au départ des troupes.

Anecdote « amusante » : les troupes allemandes autorisent les chèvres à circuler librement dans les réserves (ce qui était formellement interdit par l’ASP auparavant) et ce qui rend impossible toute plantation d’arbres pendant les quatre années d’occupation !

Répression et résistance

Suite à la découverte, le 25 juillet 1941 d’inscriptions anti-allemandes et de « V » accompagnée de la Croix de Lorraine sur les murs et le sol de la commune (dans la ville comme dans le Parc), la Kommandantur décide de créer une milice citoyenne. Composée en six postes de surveillance, chacun tenu par deux mansonniens qui doivent réaliser des rondes de 20 heures à 6 heures du matin.

Cela n’empêchera pas les actes de résistance et de bravoure des résidents.

Propriétaires des murs du restaurant « La Vieille Fontaine », le Docteur Jamart enrage de voir sa villa réquisitionnée par les allemands. Dès juillet 1940, il passe des médicaments et du courrier en zone libre, puis des enfants juifs et enfin des évadés. Il effectuera ainsi jusqu’à 3 voyages par semaine. Il sera arrêté le 11 février 1944 dans son appartement parisien de la rue d’Assas, incarcéré à Fresnes, puis Compiègne, avant d’être déporté le 4 juin à Neuengamme où il décèdera.

En mars 1942, le célèbre entraîneur de chevaux de courses, Charles Auguste Bariller, son jardinier Louis Bretaudeau et son employé Louis Gendron sont ainsi dénoncés aux autorités allemandes pour avoir caché un fusil de guerre dans le poulailler de l’écurie. Suite à son arrestation, Charles Bariller est incarcéré à la prison du Cherche-Midi à Paris, puis déporté le 4 juin 1942 à Hinzert, interné dans les prisons de Wittlich, puis condamné par le Tribunal Populaire Allemand au travail forcé à Sachsenhausen, où il décèdera le 31 mars 1945. Louis Bretaudeau sera fusillé à Surenes le 9 juin 1942 et Louis Gendron également déporté.

Equipage d’un bombardier B26 Marauder de l’USAirForce*

Dans la nuit du 29 au 30 avril 1942, deux avions Wellington alliés de la Royal Air Force qui participent au bombardement de Gennevilliers sont abattus au-dessus du Parc. Le premier équipage est carbonisé tandis que les 6 corps du second équipage sont retrouvés en différents points du Parc. Les Allemands, rapidement sur les lieux, entassent les corps dans un véhicule et les emmènent à Villacoublay. Le 2 mai, plusieurs personnes se rendent dans le Parc aux endroits où les corps des aviateurs avaient été découverts et déposent deux petits drapeaux, l’un français, l’autre anglais, ainsi qu’un bouquet de lilas sur lequel ils ont épinglé un ruban tricolore.

Habitant de l’avenue Voltaire et résistant de la première heure, Gustave Barreau sera arrêté le 1er octobre 1943, incarcéré à Fresnes et torturé pendant plusieurs semaines afin de lui faire livrer ses compagnons d’armes. Il mourra sans avoir parlé. Son corps sera rendu à ses proches le 30 octobre 1943, son crâne est disloqué. En 1946, la Croix de la guerre avec palme lui sera attribué à titre posthume.

De l’Occupation à la Libération

A partir du 24 août, les mansonniens voient passer des troupes allemandes, venant de Saint Germain et de Poissy, battant en retraite. Le 25 août, les derniers soldats font sauter les ponts ferroviaires et la passerelle provisoire qui relie par la route Maisons-Laffitte à Sartrouville. La commune sera privée de communications, de gaz et d’électricité.

Le 27 et le 28 mai, 9 raids aériens se succédèrent pour démolir le pont

Peu après, les abords de la Mairie sont noirs de monde : la foule est en délire lorsque le buste de Marianne, qui dormait depuis 4 ans dans les écoles du Prieuré, fait son apparition sur une voiture à bras. La Marseillaise est entonnée en présence des membres du Comité local de Libération sur le perron de la Mairie.

Blockhaus dans le Parc*

Lors de la première Assemblée post-Occupation, le Président de l’ASP aura ces mots : « Les anciens occupants de sinistre mémoire, ont continué leurs méfaits et ont systématiquement saccagé nos réserves et nos routes, ils ont construit des fortins sur nos avenues et sur nos places et ont défoncé nos réserves ou ont élevé de véritables forteresses bétonnées qui n’ont servi qu’à détériorer notre patrimoine. ». La question majeure pour l’ASP d’après-guerre est simple : que faire de ces blockhaus ? Comment trouver les fonds pour les démolir (estimés à 7,8 millions de francs à l’époque) ?

Nous reviendrons sur la passionnante histoire des blockhaus du Parc lors d’un prochain article.

*Crédit photos : https://www.gites-lespetitesecuries.fr/maisons-laffitte-hier/

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